Grandeur et misères de la parole
«Donner sa parole» est pour moi une dimension essentielle des relations humaines qui ont marqué ma vie: éducation familiale, voeux de religion, échanges amoureux, contrat avec mes employeurs, transmission de valeurs à mes enfants et à mes élèves, prière de demande et de reconnaissance.
Dieu m'a parlé de nombreuses fois dans ma jeunesse à travers mes parents et mes éducateurs. La première parole vraiment importante a été le jour où j'ai entendu son appel à devenir religieux. J'ai répondu à son invitation en prononcant les 3 voeux de pauvreté, chasteté et obéissance. Six ans de mise à l'épreuve où je n'ai sans doute pas fait assez confiance à Dieu et qui se sont soldées par un échec. Six ans où j'ai heureusement fait l'apprentissage de l'écoute de Dieu avec mes compagnons jésuites.
Ensuite, j'ai appris à parler un autre langage d'amour avec celle qui est devenue mon épouse, Nicole. Le couple que nous formons réunit harmonieusement la parole et l'action. C'est dans ce mariage que j'ai puisé la force de respecter la parole donnée. Les épreuves, là aussi, étaient au rendez-vous, mais la parole donnée et la confiance en Dieu ont été plus forts que le mal.
Il me vient aujourd'hui une réflexion sur le divorce. Notre culture québécoise statuait autrefois et encore maintenant que la vie de couple devait être réglée par un mariage célébré en bonne et due forme en présence d'un ministre de l'Église ou d'un représentant de la loi et qu'un contrat liant les deux parties définissait leurs responsabilités.
La désaffection des dernières décennies pour le mariage ne manifeste pas seulement du désespoir face à ses chances de réussite, mais nous touche profondément dans notre confiance en nous-même et dans les autres et dans notre capacité à tenir parole. Oui, beaucoup d'entre nous avons vécu en ce domaine des échecs; mais est-ce si mauvais? Oui, nous sommes sujets à l'erreur et à l'infidélité: reconnaissons-le! Cela enlève-t-il vraiment la valeur de la parole donnée? Faut-il renoncer à se marier pour cela? Malgré la vogue de l'union libre, est-ce que la vie de couple aujourd'hui montre plus de liberté, de celle qui rend capable d'entreprendre, de bâtir, de passer au travers des épreuves?
Pour arriver à dire aux plus jeunes que le mariage est une bonne voie d'accomplissement, il nous faudrait cultiver la fidélité à la parole donnée, ne jamais promettre à un enfant sans le faire, dire la vérité quoique cela nous coûte, fuir comme la peste le «politicly correct», reconnaître le mal qu'on a fait en ne respectant pas notre parole, retrouver le goût de raconter et redécouvrir mille autres usages de la parole qui malgré leur air d'innocence révèlent ce qu'il y a dans le coeur de la femme et de l'homme.
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La parole
«Dans le crible qu'on secoue il reste des saletés,
de même les défauts de l'homme dans ses discours.
Le four éprouve les vases du potier,
l'épreuve de l'homme est dans sa conversation.
Le verger où croît l'arbre est jugé à ses fruits,
ainsi la parole d'un homme fait connaître ses sentiments.
Ne loue personne avant qu'il n'ait parlé, car c'est là qu'est la pierre de touche».
Livre de l'Ecclésiastique, ch. 27, vv. 4-7
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L'Eccléasiastique fait partie des livres de sagesse de la Bible qu'on a tendance à laisser de côté parce qu'ils seraient d'importance secondaire.
Il reflète pourtant une époque semblable à la nôtre où les jeunes sont coupés de leurs racines, qui donnaient autrefois des repères moraux. Lire à ce sujet l'introduction de la Bible de Jérusalem ou celle de Bible 2000*. En résumé, elles décrivent un contexte de vie où, à la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand, les Juifs ont été exposés à des influences étrangères, mais surtout grecques. L'auteur de l'Ecclésiastique invite ses contemporains à puiser dans ces courants nouveaux ce qu'il y a de bon, mais à rester attaché au noyau de la foi juive.
N'y a-t-il pas là une leçon à tirer pour nous? En rejetant le cadre de vie catholique que nos pères et mères nous ont légué, n'avons-nous pas risqué la perte de notre identité. Ouvrons-nous à la «mondialisation», et pas seulement économique, mais en même temps renouvelons nos manières de dire notre foi, et surtout faisons confiance aux valeurs spirituelles et morales que véhicule notre foi catholique, telles l'amour de la vie, la force du pardon, la compassion pour le pauvre, le souci de la justice, la recherche de la vérité.
* Bible 2000, vol. 10 p. 92, Éditions du Signe, 1998. |
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