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Paroles de la bible...

........Paroles de vie

Édité le 24 juin 2003


Testament pour un jour de retraite

C'est curieux comme la perception du temps change. Aujourd'hui, 23 juin, j'assiste à la dernière réunion de l'année du Personnel de l'école. Je me rappelle celles des années précédentes; j'avais bien hâte que la réunion se termine pour vaquer aux occupations que j'avais déjà planifiées pour les vacances d'été. Aujourd'hui, je suis moins pressé. J'étire le temps. J'ai passé plusieurs jours à réviser les sites Internet produits pas des élèves comme travaux d'étape. Je n'ai pas trouvé le temps long. Il me reste du ménage à faire dans mon bureau et mon classeur; rien ne presse, je reviendrai dans quelques jours. Oui, je suis bien moins pressé de voir la fin de l'année arriver. Pourtant, s'il est moment dont la seule pensée provoquait chez moi un large et lumineux sourire, que se rappelleront sûrement mes collègues, c'est le jour où je prendrais ma retraite.

Trois auteurs de l'Antiquité ont hanté mes pensées depuis que je sais que je dois dire un mot d'adieu à mes collègues: Qohélet, Horace et Jésus le Christ.

Qohélet, auteur du livre de la Bible connu sous le nom L'Ecclésiaste, écrivit vers l'an 300 av. J.C. des vers que tous connaissent:

Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel:
Un temps pour enfanter,
et un temps pour mourir;
un temps pour planter,
et un temps pour arracher le plant....
Qoh 3, 1ss

Plus loin, il ajoute:

«Et je sais qu'il n'y a pas de bonheur pour l'homme, sinon dans le plaisir et le bien-être durant sa vie. Et si un homme mange, boit et trouve le bonheur dans son travail, cela est un don de Dieu.» (3, 12-13)

Les propos du sage rejoignent ce que je ressens en ce jour. Baby-boomer» je suis né, j'ai vécu et je me retire. J'ai été privilégié par la vie. On me demande parfois pourquoi je fais du bénévolat. La réponse est simple. Je ne le fais pas par vertu ou par bonté. Tout simplement parce que c'est ainsi que je suis plus heureux. Quand on a beaucoup reçu, on est heureux en donnant.

J'ai commencé à lire de la poésie d'Horace, un auteur latin du 1er siècle av. J.C., et dans une de ses Odes on trouve le fameux Carpe diem (Cueille le jour). Le vers traduit en français dit ceci:

Pendant que nous parlons, elle aura fui, jalouse,
la vie: cueille le jour, en faisant le moins possible confiance au lendemain.

Une des recettes du bonheur, c'est probablement de vivre intensément le moment présent, de savourer chaque instant de l'existence en n'étant pas trop inquiet ni du passé ni de l'avenir. J'ai beaucoup aimé le temps où je travaillais, je crois que vais apprécier le temps de la retraite, même si avec elle viennent les malaises de l'âge, les peines de voir les parents, des amis, assaillis par la maladie. La maladie et la mort des proches achèvent de nous préparer nous aussi à vivre cet autre temps qu'est l'après-vie.

Enfin le temps me fait penser à un troisième personnage, dont les enseignements nous sont rapportés par les évangélistes, Jésus le Christ. Une des paroles qui m'ont marqué à propos du temps, c'est quand Jésus répond à sa mère, qui lui demande de faire quelque chose pour le marié qui a manqué de vin à sa noce: «Mon heure n'est pas encore venue.» Et puis, cette autre quand des disciples de Jean-Baptiste demandent à Jésus: «Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas?» Et lui de leur répondre: «Les compagnons de l'époux peuvent-ils mener le deuil tant que l'époux est avec eux?» Justement, cette heure Jésus la vit au jardin de Gethsémani et les évangélistes la racontent: «Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi.» Et plus loin: «Mon Père s'il est possible que cette coupe passe loin de moi.» Tout ça pour parler du temps et du fait qu'il y a un temps pour chaque chose.

C'est ainsi que je suis arrivé à l'âge plaisant de la retraite où je pourrai mener à bien d'autres projets. Mais je sais que le temps m'est compté. Qu'aujourd'hui m'est donné un sursis!

Je ne voudrais pas terminer ce petit discours sans un testament. Nous avons la chance d'enseigner à des ados. J'ai rencontré bien des gens qui me disaient: «Comment fais-tu pour enseigner aux ados?», étonnés qu'on puisse le faire pendant 32 ans. J'avoue qu'il était temps que ça finisse! Mais nous avons une chance d'enseigner aux ados. Ils se situent entre l'enfance et l'âge adulte. Certains parlent d'âge ingrat, je dirais que c'est l'âge de l'espoir, où l'on n'est plus un enfant, pas encore adulte, on espère grandir et trouver une place dans la société. On est rarement bien dans sa peau, parce qu'on ne sait pas qui l'on est au juste, ni où l'on s'en va. Et nous les enseignants, nous pouvons servir de repère, de balise, d'indicateur. Grâce à notre témoignage d'hommes et de femmes qui ont confiance en lui, le jeune peut espérer devenir quelqu'un, avoir sa place dans la société. Soyons des hommes et de femmes d'espoir pour ces jeunes! Voilà mon testament!

Michel Bourgault

23 juin 2003