Les Hassidim et le Y
Au départ, ce devait être un arrangement privé entre deux voisins. Le YMCA et une communauté juive hassidique de Montréal croyaient être arrivés à une entente. C’était sans compter sur l’état permanent de questionnement de notre société quyébécoise sur les relations entre les différents groupes qui la composent.
Grâce aux médias, le différend entre les deux entités s’est transformé en débat public. Et c’est bien, pourvu que les médias donnent la parole à des personnes ou groupes qui font preuve d’ouverture, d’objectivité et d’adaptabilité.
L’argument le plus fréquemment entendu dans la bouche de l’homme (ou de la femme) de la rue est : les immigrants ont été accueillis dans notre société, en conséquence qu’ils s’adaptent au mode de vie commun de notre société québécoise. Pour cette raison, on accepte mal que des membres de la communauté hassidique aient demandé à leur voisin YMCA de soustraire aux regards de leurs garçons les exercices et formes féminines qu’ils pouvaient apercevoir de leur fenêtre.
Je comprends que la communauté hassidique veuille inculquer à ses jeunes hommes la pudeur dans les rapports entre sexes et l’importance primordiale de l’étude, et conséquemment qu’elle veuille éloigner les trop fortes tentations. Nous avons connu cela au Québec sous le règne de l’institution religieuse.
Si nous souhaitons que les juifs hassidim s’intègrent mieux à notre société, il faut dans un premier temps comprendre pourquoi ils ont formulé ces exigences au Y. Leurs valeurs contrastent vivement avec le culte que notre société voue au corps, autant par goût de la beauté que par souci de la santé.
Prenons le temps d’écouter ce qu’ils nous disent. Lorsqu’ils se sentiront compris et accueillis tels qu’ils sont, nous aurons alors une meilleure chance de leur expliquer à notre tour nos valeurs. Recherchons un échange sincère de points de vue : il devrait en résulter un compromis raisonnable et viable et des comportements respectueux autant des valeurs communes de la société québécoise que des valeurs de cette communauté particulière. Un différend comme celui-là ne peut trouver une solution satisfaisante à long terme dans l’écrasement d’une partie par l’autre.
Et souvenons-nous que des différends de ce genre seront de plus en plus fréquents. Pourquoi ne pas profiter de ce petit événement pour mieux connaître l’autre et devenir plus habile à résoudre ce genre de situation?