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Mis à jour le 23 février 2008

Pèlerinage en Terre Sainte: Sur les pas de Jésus

Itinéraire: mes notes de voyage éditées jour après jour...

Jour 1: Montréal - Prague
Jour 5: Mont Tabor - Cana

Jour 9 - Jérusalem

Jour 2: Prague
Jour 6: Beth Shean - Jéricho
Jour 10, la Mer Morte

Jour 3: Tel Aviv - Nazareth

Jour 7: Jérusalem - Bethléem
Jour 11: Jérusalem
Jour 4: Tibériade - Capharnaüm

Jour 8: Jérusalem

Jour 12: Départ - Prague - Montréal


Tel-Aviv, 27 octobre, 21h30

De Montréal à Tel-Aviv, nous avons volé 14 heures; dans l'espace exigu de l'avion et le temps d'une escale à Prague, j'ai dû dormir 3 heures en tout. J'ai pu faire connaissance avec Lucille et Maurice tous deux de Joliette comme moi, d'agréables compagnons. C'est avec joie que nous avons atterri ce samedi matin vers 5h. L'intinéraire prévoit que nous remonterons le côte méditerrannéenne de Tel-Aviv, «côte du printemps», jusqu'à Akka, St-Jean d'Acre.

J'ai d'abord été frappé par les travaux de restauration des ruines à Jaffa, au Mont Carmel, à Césarée et à Akka (salle souterraine - à gauche). Il y a là de quoi marcher des kilomètres; je suis en admiration devant l'ampleur des fortifications, des ouvrages de pierre, des vastes salles et canalisations souterraines, édifiées au temps des guerres pendant les occupations successives hellénistique, romaine, byzantine et ottomane.

Ce sont les constructions de Césarée qui attirent le plus mon attention: amphithéâtre et aqueduc romains, citadelle des croisés. C'est à Césarée, porte de l'Orient pour les Romains, que l'apôtre Pierre accueille le centurion dans la foi chrétienne. Tel cet étranger au peuple élu de Dieu, j'ai parcouru plus de 8000 km; quelle révélation m'attend, que trouverai-je durant cette quête?

Les ruines de Césarée témoignent des gigantesques travaux (amphithéâtre romain - ci-dessous) effectués par Hérode le Grand autant pour plaire aux Romains que pour satisfaire sa soif de puissance. Combien de personnes ont connu les durs labeurs de ces travaux; combien de personnes de l'entourage d'Hérode sont morts parce qu'il craignait d'être supplanté. Les récits autour de la naissance de Jésus seraient-il tributaires de la réputation sanguinaire d'Hérode vis-à-vis ses femmes et leurs rejetons? Le Rejeton du peuple d'Israël pouvait-il connaître un sort différent? Nous qui foulons ce sol près de 2000 ans plus tard, en toute quiétude, pouvons-nous mesurer tout le sang et la sueur humaine qui ont à peine mouillé cette terre de pierre cuite par le soleil?

Parmi notre groupe, pour la plupart des retraités, je me rappellerai surtout de Carole et son fils Xavier, rappel que notre humanité est bel et bien affligée par la souffrance; pourtant le regard et le sourire de Xavier ouvrent une éclaircie sur la grandeur de notre vie de fils et de filles de Dieu.

L'autocar nous conduit, au terme de cette longue journée, à Nazareth où nous entrons presque à la tombée du jour, crevés, les yeux lourds déjà de sommeil... Pendant que mon compagnon se couche et regarde les photos qu'il a prises aujourd'hui, je m'attable pour écrire les première pages de ce journal. Le sommeil n'a pas mis beaucoup de temps à nous gagner.

Nazareth, 28 octobre, 5h10

Première nuitée à Nazareth. Réveil à 4h30 au son des haut-parleurs accrochés au haut d'un minaret. 4h40, un autre appel à la prière. Est-ce le muezzim en personne qui s'est levé pour convoquer les fidèles à la prière ou bien est-ce un enregistrement programmé? Je ne le saurai peut-être jamais, mais je suis content de l'entendre de mes oreilles, après avoir maintes fois lu à ce sujet. Imagine-t-on un musulman appeler un chrétien à la prière du matin: difficile à croire, mais c'est bien vrai! Je fais donc ma toilette, m'habille en douceur pour laisser dormir mon compagnon et me glisse silencieusement hors de la chambre. Je trouve près du hall d'entrée de l'hôtel un salon encore dans la pénombre; un employé de nuit sommeille sur un canapé. J'ouvre mon psautier pour l'heure des Laudes: «Chantez au Seigneur un chant nouveau...»

Deux étages plus bas, je vois la salle à manger où des garçons mettent les tables, préparent les jus de fruit. Au salut «Good morning!», je réponds pour la première fois «Boqer tov!» qui illumine les regards d'un certain sourire. L'heure est propice pour remercier le Seigneur de me permettre de faire ce voyage «Sur les pas de Jésus». De la grande fenêtre, j'aperçois la ville de Nazareth, grande et peuplée. Hier en passant dans les rues éclairées, j'apercevais des enseignes où se côtoyaient la fine écriture arabe et les caractères carrés et réguliers de l'hébreu. Je saisis de temps à autre un mot hébreu: be'it, la maison... la maison de quoi? du tapis? de qui? du cordonnier, du pâtissier? Je prends conscience que je suis vraiment dans un monde étranger. Y entrer, le saisir quelque peu, prendait bien plus de temps que je n'y passerai.

Le jour se lève sur la colline à droite de l'hôtel et colore de rose les maisons brun clair et gris de la couleur de la pierre omniprésente, couronnées de leurs toits en tuiles orange brûlé. Tantôt des arbres isolés, tantôt une plantation, brisent l'enfilade des habitations, petits cubes percés d'ouvertures. Au loin, une verte vallée dort encore dans le brouillard matinal sous l'oeil vigilant de quelques lumières de rue.

Le hall entièrement vitré, où j'écris dans les derniers moments de silence, revèle une piscine qui fait 12m sur 40m, bordée de 4 dattiers de 25m alignés et coiffés d'une touffe de palmes. Aucune lumière, nul mouvement ne vient des fenêtres et des balcons qui entourent la piscine sur 7 étages de haut. Des pigeons cherchent dans la cour quelque nourriture qu'auraient pu laisser des invités. J'entends des cris d'oiseaux qui me semblent venir de l'intérieur de l'espace où je me trouve. Un serviteur vient me saluer: Good morning! - Boqer tov!, dis-je. À ma question maladroite: «Are you arab or jew?», il me répond: «Jewish, Muslim, Christian: one God!» Bien fait pour moi. Je voulais indentifier, distinguer; il me rappelle que nous sommes semblables comme croyants en l'Unique Dieu. La vie reprend; une baigneuse vient se réveiller dans l'eau fraîche qui ondule sous sa lente brasse. Puis les visiteurs commencent à animer les balcons et saluent le jour.

Nazareth, 28 octobre, 21h40

Dès le début de la journée, nous montons dans l'autocar et, pendant que je m'émerveille devant le paysage des maisons de la ville entassées sur les collines, nous nous dirigeons vers le mont des Béatitudes, site traditionnel du Sermon sur la montagne. C'était un de mes objectifs de voyage de voir de mes propres yeux le paysage que Jésus avait sous les yeux lorsqu'il montait dans la montagne pour se retirer de l'agitation de la foule et refaire le plein en intimité avec le Père.
Je fais lentement connaissance avec les autres membres du groupe et particulièrement avec Lucille et Maurice, mes plus proches compagnons de voyage: l'humour et la bonne humeur sont toujours au rendez-vous avec eux.

Ce jour-là, nous célébrons la messe en lisant des textes appropriés au lieu que nous visitons. Le prêtre accompagnateur, Christian, s'engage pleinement dans l'animation, nous propose de faire le lien entre la vie et la mission de Jésus et notre propre cheminement de foi. Sa simplicité, son entrain, sa voix, les chants, tout concourt à faire de cette prière un moment d'intériorité essentiel. Si les prêtres venaient à manquer, j'ai songé qu'une petite équipe du groupe pourrait imaginer une liturgie de la parole. En guise d'homélie, chaque pèlerin peut être invité à dire comment le texte de la Bible l'interpelle dans sa propre vie.

Nazareth, 29 octobre, 5h40

À l'aube, l'appel du muezzim m'a de nouveau éveillé; j'imagine que les musulmans fidèles se lèvent aussi et adressent leur premier hommage de la journée à Allah, demandent pitié et répètent leur profession de foi: Il n'y a pas de dieu en dehors d'Allah. Cette pensée m'accompagne ainsi que le chant des oiseaux alors que j'ouvre mon psautier et prie notre Père Éternel.

Hier, nous avons visité les lieux familiers du ministère de Jésus: le Lac Tibériade, le Mont des Béatitudes, la maison de Pierre à Capharnaüm, enfin la sortie du lac aux abords du Jourdain où Jean baptisait. Sur la Lac Tibériade, une embarcation en bois d'un douzaine de mètres nous a emmenés pour une courte croisière et, sur le pont du petit bateau, nous avons dansé une ronde sur l'air de Hava Naguila, un moment d'exubérance et de rire qui a nous fait grand bien. Naviguant sur le lac, je réfléchis sur la rareté de l'eau en ce pays et sur le fait que le lac et le fleuve Jourdain sont la principale source d'eau de tout le pays. Partout, en bordure des champs comme au pied de la plupart des arbres, j'ai vu des petits tuyaux d'irrigation qui assurent le minimum d'eau à la végétation. Un examen du rivage révèle que le niveau du lac a dû baisser d'une dizaine de mètres durant les dernières décades. Eau rare, eau vitale, eau précieuse: tout à fait convenable pour signifier la conversion du baptême, un appel à changer de conduite pour suivre les voies enseignées par les prophètes: attention aux petits et aux pauvres, recherche de la justice.

Je me fais du souci pour un compagnon âgé de notre groupe. Il peine à se rappeler les heures de départ, il oublie constamment livre, lunettes, no de chambre. Il a quatre-vingt ans, l'âge approximatif de mon père; comme lui il veut vivre à plein. Une autre femme du groupe, malgré son vouloir, nous suit difficilement: elle a 75 ans, mais elle est vaillante. Et tout le groupe s'entraide. Pour certains, c'est le corps qui souffre, pour d'autres, ce sont les soucis de la vie qui troublent l'âme. L'écoute est de mise.

Hier soir, une rencontre formelle du groupe nous a permis d'exprimer ce qui nous avait motivé à choisir ce pèlerinage. Pour ma part, c'est ma recherche du Jésus juif débutée il y a quelques années de ça, avec la création du Village Emmaüs, les lectures sur le judaïsme, l'apprentissage de l'hébreu. Cette recherche m'amène aujourd'hui à marcher sur les routes et les sentiers que Jésus et ses disciples ont peut-être empruntés, à m'ébahir devant les hautes montagnes de pierre, à observer les cultures de fruits et légumes, à être confondu par la proximité du désert et des oasis. Les psaumes regorgent de ces mots et de ces images et je comprends mieux les sentiments de reconnaissance, de frayeur, de miséricorde, d'espoir et de pauvreté qui habitent la prière du juif et la mienne aujourd'hui.

Nazareth, 29 octobre, 18h00

Une autre journée bien remplie et nous arrivons à l'hôtel fatigués. Ce matin, les lieux visités nous rappellent le OUI de Marie à l'annonce de la naissance de Jésus par l'ange Gabriel et le premier miracle de Jésus à Cana selon l'évangéliste Jean. On sait que trois villages aspirent au titre du Cana de l'évangile, mais le Cana visité aujourd'hui est assez rapproché pour être un bon candidat au titre. De toutes façons, un pèlerinage n'est pas le moment approprié pour juger de la solidité des traditions qui tentent d'établir que les événements du N.T. ont bien eu lieu à tel ou tel autre endroit. La portée évangélique - d'annonce du Règne de Dieu qui vient - de ces récits m'apparaît autrement plus digne de foi. Pour moi Cana, c'est bien plus que l'eau donnée par Moïse au désert, c'est l'extraordinaire joie des croyants qui misent leur vie sur la foi en Jésus et sur la puissance transformante de l'Esprit saint.

Le village de Cana fut le prétexte pour proposer aux couples mariés de renouveler leur engagement de mariage. Une monition de Christian sur l'indissolubilité du mariage m'a donné à réfléchir. Dieu est fidèle et il nous est demandé de devenir parfait comme notre Père céleste est parfait. Toutefois, cela justifie-t-il notre Église d'exiger que le mariage soit indissoluble, en se basant sur la parole évangélique: «Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas.»? Le mariage chrétien vise à annoncer par notre vie de couple et de famille - et, de toutes sortes de famille, n'en déplaise à certains théologiens - l'amour indéfectible de Dieu pour l'humanité. N'est-il pas présomptueux de prétendre lier un homme et une femme jusqu'à la mort? N'est-ce pas mettre sur les épaules d'un couple, qui a cessé de s'aimer, un poids injustifié? Le commun des mortels ne se laisse pas abuser par le tour de passe-passe de l'Église qui prononce une annulation du mariage. Mieux vaudrait être humble dans l'Église et admettre que ses membres sont pécheurs et qu'ils peuvent, par négligence, laisser mourir un amour. Lorsque l'Église juge qu'elle ne peut annuler un mariage et qu'elle excommunie en pratique deux de ses enfants, ne s'arroge-t-elle pas un rôle que Jésus lui-même n'a pas pris. Il n'a pas condamné la femme adultère, mais lui a dit: Va et ne pèche plus. Ne pourrait-on pas dire à un couple qui a cessé de s'aimer: Va et reconstruis ta vie, car Dieu qui est Amour t'appelle encore et toujours à aimer?

La visite du Mont Tabor en après-midi est intéressante du point de vue panoramique, car, après une ascension échevelée en petit autobus sur une route en lacets, elle donne une vue extraordinaire sur la vallée de Yizréel. La référence à l'événement de la transfiguration de Jésus en compagnie de Moïse et d'Élie m'a beaucoup touché. «Si tu le veux, je vais faire ici trois tentes.» L'apôtre Pierre, mais nous aussi, souhaitons prolonger un moment d'intimité avec le Seigneur, un moment où, au sommet de la montagne, nous nous pensons arrivés au paradis. Mais il faut redescendre dans la vie de tous les jours, il faudra revenir à notre vie quotidienne avec ses doutes, ses ambiguités, nos faiblesses. Chacun de nous dans l'autocar pourra prolonger ce moment extraordinaire en partageant sur ses motifs d'espérer en la bonté des humains ou sur les soucis qui minent notre confiance en la vie. Ne faut-il pas comme Jésus s'attendre à l'échec final de notre vie terrestre?

Nazareth, 30 octobre, 5h15

«Envoie ta lumière et ta vérité
qu'elles soient mon guide
et me ramènent vers ta montagne sainte
au lieu de ta demeure.» Ps 42

Je me demande si ce voyage apportera plus de lumière dans ma vie. En plus de voir les montagnes de roche, les rares vallées verdoyantes, les routes en lacets, des églises aux belles fresques, des marchés, des rues et ruelles animées, des marchands avides de vendre, des artisans au travail, des touristes n'ayant pas assez de deux yeux pour tout voir, est-ce que je verrai mieux au-dedans de moi, au plus intime de mes désirs: attachement au Christ, amour de mon épouse et de mes enfants, écoute des besoins du monde, partage avec ma communauté de foi, souci pour l'Église, service du royaume de Dieu? Est-ce que, en foulant le sol, en embrassant les paysages familiers de Jésus lui-même, je pourrai sentir la présence de l'Esprit de Jésus? De mon éducation à la foi, une seule vérité m'habite, celle de l'amour. Dieu est Amour. Dieu se donne aujourd'hui comme autrefois, à tous les humains, en particulier aux habitants de ce pays que je visite, Juifs, Palestiniens, Chrétiens, Musulmans, tous ceux qui veulent la paix et posent des gestes de conciliation et tous ceux qui ploient sous le poids de la peur.

Dans mon esprit, l'amour est indissociable de la justice. En quoi un voyage comme celui-ci augmentera mon sens de la justice, pour des rapports plus justes entre riches et pauvres, entre gens de religion ou de langue différentes. Je prie pour que Dieu soit reconnu comme le Père de tous. Je fais preuve de considération pour ceux qui nous servent aux repas, qui travaillent au service des chambres, de souci pour mes compagnes et compagnons de voyage, d'ouverture aux messages que nous donne Christian, le prêtre, de coopération avec notre guide Thea. Si Dieu est bien ce Père, ne sommes-nous pas tous ses fils et filles, chacun aimé personnellement pour ce qu'il est, chacun et chacune ayant reçu une mission à accomplir en ce monde?

Nous quittons aujourd'hui Nazareth vers Jérusalem. Nazareth, c'est le lieu de l'enfance «cachée», les années de ressourcement, de la solidarité familiale, de l'incompréhension du clan, voire du rejet. En partant de là, on s'arrache au confort du foyer, à la sécurité de la famille, on plonge dans le défi quotidien de la foule et des étrangers.

Jérusalem, 31 octobre, 5h45

J'ai ouvert mon psautier entouré d'une abondante verdure, du pépiement et des cris des oiseaux qui appellent les habitants à se lever et à profiter des belles heures du matin. Malgré la saison tardive, des fleurs couvrent les terrasses de leurs couleurs et donnent à penser que la nature, ici, est riche, généreuse, abondante. Pourtant, hier à Jéricho, j'ai vu des enfants tendre la main espérant quelques dollars et des petits commerçants s'agglutiner à notre troupe, de nombreux colliers enfilés dans leurs bras, pour nous vendre leur artisanat qui rapporterait de quoi servir à manger à leur famille. Quel contraste! Nous n'avons fait qu'entrevoir la pauvreté des Palestiniens côtoyant la prospérité des Israéliens.

Nous avons déjà tant vu dans notre pèlerinage et tant rappelé d'événements du passage de Jésus. Nous sommes emportés dans l'autocar chaque jour vers une destination inconnue, sur des routes tortueuses, parfois cahoteuses, belle image de nos vies pressées, pas toujours tissées régulièrement, faux pas qu'il faut reprendre.

On raconte que Jésus passa, sur la fin de sa vie, de Galilée en Judée, par la vallée du Jourdain, vraie oasis enserrée entre les montagnes désertiques..., dépression de 200 à 400m sous le niveau de la mer entourée de montagnes s'élevant à plus de 1000m. Nous sommes arrivés à Jérusalem hier au soir à la nuit tombée; ce n'est qu'en ce matin que j'apprécierai de tous mes sens cette ville de Jérusalem, la Sion biblique, but du pèlerinage, image de la Jérusalem céleste. Pour l'heure nous sommes descendus dans un hôtel où je croyais pouvoir exercer un petit peu d'hébreu, mais à chaque fois que j'avance quelques mots, on semble vouloir m'enseigner l'arabe. On m'a dit que l'hôtel appartenait à des intérêts palestiniens! Si nous avons très peu aperçu des signes du conflit israélo-palestinien, c'est peut-être ainsi sous un visage souriant et des manières affables qu'il se manifeste aux visiteurs du Ambassador Hotel. Le groupe est bien cimenté maintenant, malgré quelques atomes libres: chants dans l'autocar, regroupements aux mêmes tables dans les restaurants, unanimité aisée sous le leaderchip de nos deux accompagnateurs.

Hier au soir, un peu avant d'arriver à Jérusalem, j'ai fait une expérience extraordinaire durant la messe. Il était 16h. C'était dans un lieu qu'on appelle habituellement le désert de Judée. Nous avons gravi dans la montagne désertique quelque cent mètres, suivi de 4 ou 5 vendeurs Palestiniens. Arrivés en haut tout un spectacle nous attend. Le soleil est descendu et colore l'atmosphère de la même teinte jaune ocre que la pierre de la montagne. Nous installons un autel de fortune sur un petit escalier de pierre pour y célébrer la messe. La brise est fraîche et souffle fort. En face de nous, d'autres montagnes dressent leurs flancs escarpés et enserrent une profonde vallée. Tout au fond dans le jour qui descend nous apercevons un Monastère, à moitié creusé dans la falaise, aux murs percés de minuscules fenêtres et reliés par des sentiers, des escaliers, voire des échelles, retraite de moines et d'ermites, sans doute orthodoxes. Si Dieu s'est manifesté au désert, c'est peut-être à travers des hommes qui, en dépit de l'inhospitalité des lieux, y ont survécu et ont perpétué une tradition de prière. Au moment du partage eucharistique, se côtoient le pain et le vin, des pélerins en prière, une nappe de lin retenue par quelques cailloux, la Parole de Dieu, et puis la faim des vendeurs de colliers qui attendent la fin de la messe, comme une invitation à vivre concrètement le partage annoncé par notre messe.

La journée a été lngue et, de retour à l'hôtel, le Père Paul Sylvestre, venu nous entretenir de l'oeuvre des Franciscains en terre Sainte, a retenu mon attention moins de 20 minutes, car j'ai failli tomber de ma chaise, endormi. J'espère qu'il ne le prendra pas mal.

Jérusalem, 1er novembre, 6h35

Notre arrêt le plus important, hier matin, fut le Jardin de Gethsémani sur le Mont des Oliviers. Nous avons eu le privilège de nous y arrêter une vingtaine de minutes pour prier, nous confesser, nous mettre dans les sentiments de Jésus durant sa passion. Tout ça entourés de très vieux oliviers, énormes troncs sculptés par le temps d'où sortaient des jeunes branches. Par terre, une toile recueille un petit monticule d'olives fraîchement tombées... Le jardin de Gethsémani rappelle brutalement la mission de Jésus, envoyé pour libérer l'homme prisonnier de la pauvreté, de l'égoïsme, de la violence, de la mort, et annoncer une année de grâce du Seigneur.

Chacun de nous, malgré les blessures ou les maladies, a besoin de croire que demain il pourra continuer de marcher, de vivre, d'aimer. Pourtant, comme Jésus à Gethsémani, nous sommes ultimement seuls. «Vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi.» Il n'avait pas demandé une intervention de l'armée, fût-elle céleste! - mais seulement d'être avec ses amis.

La journée fut dédiée à Bethléem. Dîner mémorable sous la Tente du Berger où notre conducteur me revêt de la robe du bédoin et du keffié. Je me sentais un peu maladroit dans ce vêtement trop grand. N'importe, quelques pas de danse avec Danielle au rythme d'une musique traidtionnelle ont bien réjoui le groupe. Les lieux visités rappellent la naissance de Jésus. On sait pourtant peu de choses sur cette naissance, sinon qu'elle a eu lieu grâce à la disponibilité de Marie et de Joseph. N'en est-il pas ainsi pour toute naissance?

L'Esprit est présent au drame de la jeune femme Marie qui se retrouve enceinte, - en dépit de son voeu de virginité? - et se rend disponible à cette manifestation inattendue et incompréhensible de Dieu dans sa vie et dans la vie des humains. Dieu est aussi présent dans le dilemme de ce juste, Joseph, qui ne veut pas exposer Marie aux rigueurs de la loi, comme Jésus le fera pour la femme adultère et d'autres femmes. Comme aujourd'hui nous le souhaitons pour les femmes encore sous le joug des lois qui les emprisonne. Comme nous le souhaitons quand nous disons que les plus hautes autorités catholiques pourraient sérieusement considérer si Dieu n'appelle pas certaines femmes, aujourd'hui, à prendre une part active au service de la Parole et des sacrements.

Bethléem, la maison du pain, m'apparaît comme un des lieux où Dieu a parlé par un peuple, par ses prophètes, par des gens ordinaires, et par son Envoyé Jésus, tous appelés à être les témoins privilégiés de son amour pour l'humanité. «Ma nourriture, a déjà dit Jésus, est de faire la volonté de mon Père.» Si nous croyons en lui, nous aussi nous choisirons d'ajuster notre volonté à celle du Père. Bethléem se comprend aussi à la lumière de Gethsémani.

Jérusalem, 1er novembre, 20h00

Aujourd'hui, notre visite a commencé au Kotel, connu sous le nom «Mur des Lamentations», que les Juifs préfèrent nommer tout simplement le «Mur». Nous étions un jour de Bar Mitzvah et nombreux étaient les jeunes qui faisaient leurs premiers pas dans la vie religieuse adulte, séparés de la sections réservée aux femmes, car on ne veut pas les distraire ces pôvres !!!

J'ai prié là pour des personnes précises, des êtres chers, et je me suis attristé de la situation de guerre et de haine qui divise frères israéliens et palestiniens. À mon sens, les vrais juifs et les vrais musulmans, adorateurs du Dieu Unique, font au contraire des gestes qui peuvent hâter la paix, malgré les blessures infligées de part et d'autre. J'ai prié notre Père à tous qu'Il apporte le compréhension et la paix dans le monde et surtout dans notre coeur.

Près de l'Église Sainte-Anne, j'ai été impressionné par la piscine probatique et les profondes fouilles archéologiques qui révèlent les niveaux d'occupation de la Ville Sainte. Commencée dans le quartier musulman, la Via dolorosa nous a ensuite conduits dans le quartier chrétien pour nous amener finalement au Saint-Sépulcre. La messe chantée là par notre groupe a été particulièrement priante et fervente. Même si je connais encore peu de personnes du groupe, nous nous côtoyons comme frères et soeurs. La photo de groupe prise en après-midi révèle un groupe joyeux et comblé sur ce chemin de foi. Parfois on entend des critiques mesquines et injustifiées: notre humanité est toujours présente malgré les efforts pour s'ouvrir à la tendresse de Dieu. Nos guides, Théa et Christian, font constamment preuve de gentillesse et de compétence, Théa par sa connaissance des lieux, des coutumes et des personnes, Christian par ses explications et l'animation des eucharisties. Aujourd'hui plus que jamais, nous prenons la mesure du Dernier repas de Jésus et de ses ultimes recommandations à ses disciples. «Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs..., je vous appelle amis..., c'est moi qui vous ai choisis... Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.»

Nous avons ensuite parcouru les ruelles bordées de boutiques, où les vendeurs nous font signe de regarder leurs marchandises, abondance d'articles qu'un visiteur peut vouloir acheter. Malgré la tentation, je résiste à acheter maintenant. Je m'en suis tenu aux souvenirs que j'avais prévus avant mon départ: rien sous le coup de l'impulsion.

Une courte excursion dans le quartier juif montre l'énorme différence de niveau de vie et de confort par rapport au quartier musulman. Au détour d'une rue propre, un jeune homme assis dans un recoin clavarde sur son portable branché sur Internet. Peut-être écrit-il à une amie palestinienne ou à son amoureux en secret - va savoir ? On m'a dit qu'Israël était l'un des rares pays du Moyen Orient où les homosexuels étaient acceptés. Arrêt dans un café bienvenu pour se reposer en milieu d'après-midi; une autre occasion pour exercer mon hébreu: Bévakacha, khalav im café. Je tente de lire les affiches partout; je reconnais plusieurs mots, parler est difficile, mais comprendre encore plus ardu ! Un voyage de groupe n'est pas approprié pour exercer mon hébreu; déception de ce côté.

Jérusalem, 2 novembre 2007, 6h30

La fin du voyage approche et déjà je ressens l'impression de n'avoir vu qu'un tout petit bout de Terre sainte. Une impression qui restera durable, il me semble aujourd'hui, c'est le spectacle de la pierre calcaire partout présente, les pierres amoncelées en tas attendant d'entrer dans une nouvelle construction, pierres dallées des ruelles et polies par les innombrables pas des habitants et des pèlerins, pierres des montagnes et collines qui donnent au pays son air de haut lieu et de désert.

Ensuite, les gardiens des lieux saints ont eu le souci de rattacher chaque fait ou récit biblique à un temple, chapelle, autel, fresque, tableau, inscription, grotte, rocher, fondations en ruines. Tout pour nourrir la dévotion et la prière, pour donner aux pèlerins un lieu où s'arrêter et rappeler un moment historique. Cette histoire est sacrée parce que le pèlerin peut rattacher son présent à un passé, à des personnages, tantôt bien documentés, tantôt fortement imagés par les traditions. Le mot «tradition» revient régulièrement dans les commentaires de nos guides. Les traditions sont nombreuses selon la religion et le rite auquel on appartient. Mais ce qui importe, n'est-ce pas de croire que mon histoire personnelle fait partie d'une histoire collective, d'une histoire qui m'apprend que les humains faisaient autrefois des gestes semblables aux nôtres: manger, guerroyer, bâtir, écrire, se baigner, se chauffer, aller au théâtre, prier les dieux de les sauver des catastrophes, les remercier pour une guérison, se donner des lois pour vivre en paix, commercer avec les voisins...

Jérusalem, 2 novembre 2007, 17h30

Journée plus légère qui a commencé au Mont Sion avec la visite de l'Église de la Dormition. L'accumulation des lieux visités se bouscule dans ma tête et je ne me souviens pas de tous les événements rappelés dans tel et tel lieu. Nous avons vu un escalier que Jésus aurait pu emprunter avec ses disciples pour aller de la vallée du Cédron au lieu où il fut jugé et emprisonné.

On rappelle à cet endroit la Dernière Cène (de caena, repas du soir en latin), au lieu dit du Cénacle où j'ai vu une belle sculpture à la da Vinci. Pendant ce repas partagé avec ses disciples, Jésus leur aurait donné ses dernières volontés, béni le pain et le vin à la manière juive, mangé et bu dans un geste sacré qui deviendrait le mémorial de sa vie donnée pour les hommes et une louange au Père qui, à travers Jésus, fait de nouveau alliance avec les hommes. Tous nos sacrements rappellent que Dieu vient à notre rencontre et nous aime jusqu'à se donner à nous. Gestes et paroles incompréhensibles pour nos frères juifs, car Dieu ne se fait pas homme, n'a pas pris chair et n'a pas été sujet à la souffrance et à la mort. Pour moi, c'est plutôt les hommes et Jésus au premier chef qui, s'accordant à la volonté et saisis par l'Esprit du Père, sont appelés à partager sa gloire.

J'ai relu avec une dévotion particulière l'épître aux Philippiens où l'apôtre Paul exprime bien le scandale de ce mystère:

«Jésus qui était de condition divine s'est fait obéissant jusqu'à la mort et la mort sur une croix. Il a pris la condition d'esclave, devenant en tout semblable aux hommes. C'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.»

Cette étape de notre visite rappelle aussi par le chant du coq le reniement de Pierre, épisode peu glorieux et à saveur d'authenticité. Je pense que j'aurais peut-être ou probablement agi comme Pierre. Et c'est justement cet homme que l'Église a reconnu comme son premier chef. Le Pape actuel est bien son successeur, avec toutes les misères humaines et en même temps toute la dignité de premier disciple du Christ.

L'après-midi, l'autocar nous transfère à Ein Kerem où on rappelle les événements entourant la vie du Baptiste. Le caractère prophétique de sa mission me rappelle ce que c'est d'être chrétien: c'est pas seulement l'adhésion à Jésus et à son message, c'est aussi l'envoi en mission et le joyeux témoignage d'une vie de ressuscité. La foi en la résurrection constitue le coeur de ma foi. Je crois que la mort de Jésus ne met pas fin au lien d'amour entre Dieu et l'humanité, mais qu'elle en est le début. Le Premier-né entraînera à sa suite les hommes et les femmes qui auront cru en sa parole, se seront mis à sa suite et auront pratiqué de leur mieux ses conseils et ses commandements.

Pour revenir au but de ce voyage, au début c'était du tourisme et une meilleure connaissance du pays qui a adopté l'hébreu comme langue nationale. Puis la visite de Jérusalem et surtout du Mur occidental m'a recentré sur l'exigence de paix entre les 3 grandes traditions monothéistes et entre les peuples. Au coeur du conflit israélo-palestinien, des intérêts soit-disant religieux. J'y vois davantage la guerre pour l'occupation d'un territoire que l'un et l'autre peuple réclameNT. Rien d'original là-dedans: ça se passe ainsi partout sur la terre. Mais quand un groupe religieux se réclame de Dieu pour justifier telle entreprise, alors on met Dieu à son propre service, au service de sa propre idéologie. On ne sert ni son peuple, ni la paix. J'ai donc prié à Jérusalem pour le rétablissement de la justice dans ce pays, mais aussi pour le rétablissement de la paix dans nos familles marquées par la souffrance, la déception, la rivalité, l'envie. Cette guérison, je la souhaite de tous mes voeux: qui peut se vanter de connaître le coeur humain? Quel coeur humain est tout à fait fermé à l'Esprit de Dieu?

Cette guérison est aussi possible que la résurrection de Jésus. Après la mort, rien, plus rien croient les athées ou les très sceptiques. On peut se dévouer admirablement pour ses enfants ou pour les démunis, les malades. N'est-ce pas une façon de survivre dans la mémoire des personnes aimées ou aidées? Contre toute raison, je crois à cette guérison et à cette résurrection. Je l'espère. J'espère le pardon aussi bien pour l'offensé que pour l'offenseur. Il est nécessaire pour le bonheur autant de l'un que de l'autre. Et comment sela peut-il se faire? C'est ce que j'aimerais bien savoir. Les Israéliens et les Palestiniens sauront-ils se pardonner et faire la paix? Ma propre famille connaîtra-t-elle un jour la guérison et la paix?

Jérusalem, 3 novembre 2007, 6h00

Hier soir, j'ai fait une marche de près de 2 heures de l'hôtel jusqu'au vieux Jérusalem en passant presque partout sauf dans le quartier musulman en compagnie de nos deux guides... à la vitesse grand V. Je me suis essayé à lire les affiches en hébreu et notre guide Théa m'a quelquefois guidé et corrigé. Cela m'a donné une petite satisfaction, puisque je voulais mettre à l'épreuve mes connaissances en hébreu, langue que j'apprends depuis 2 ans en traduisant des textes bibliques. Je peux maintenant revenir au Québec avec le goût de poursuivre mon apprentissage. C'était un vendredi soir: j'ai donc pu voir de mes yeux comment la circulation s'arrête le jour du shabbat et davantage dans un quartier juif. La circulation diminue beaucoup sur les grandes artères, des rues sont fermées aux autos, les gens sont vêtus de leurs habits propres, noirs et blancs. On se rassemble sur les places publiques, le coeur du quartier juif, pour se promener paisiblement, des jeunes surtout, mais aussi des moins jeunes.

J'ai toujours pensé que le repos du dimanche ou du shabbat constituait une preuve de liberté par rapport au travail et au commerce. Au Québec, on est malheureusement redevenu esclave du travail, de l'argent et de la consommation. Certains trouvent les lois du shabbat sévères, voire pointilleuses; est-ce mieux de se défoncer dans l'autre sens pour consommer, sortir, voyager, acheter toujours plus? Prendre exemple sur ceux qui observent le shabbat ne serait pas mauvais.

Jérusalem, 3 novembre 2007, 18h15

Aujourd'hui l'autocar nous a amenés dans un paysage de pierre; le soleil plein l'atmosphère, par temps beau et chaud, mais pas humide, nous visitons Massada et Qûmran sous l'habile direction de notre guide qui sait prendre de l'avance sur ses collègues-guides et nous éviter les files d'attente. Nous avons aussi un excellent conducteur qui nous conduit toujours à bon port.

Massada témoigne de la résistance des croyants juifs à la domination romaine jusqu'au sacrifice de leur vie. Inimaginables les travaux et les préparatifs d'un siège dans la forteresse construite par Hérode le Grand. Les résistants se sont donné la mort laissant sur place des vivres, preuve qu'ils ne mouraient pas de faim. Admirable témoignage de l'ingéniosité antique qui amenait l'eau jusqu'à cette hauteur et savait l'emmagasiner et la conserver. Admirable résistance d'un peuple qui a voulu conserver ses coutumes et croyances en Dieu seul.

Saurais-je faire de même? Saurons-nous collectivement, catholiques, maintenir nos valeurs et nos coutumes? Comment le faire dans un monde pluriethnique? Nous laisserons-nous assimiler par le matérialisme et l'argent, nouveaux maîtres du monde actuel? Conserverons-nous nos traditions familiales? En même temps saurons-nous laisser une juste place à l'étranger qui se réfugie dans notre pays et s'y installe? Saurons-nous affirmer notre foi en Jésus Christ et aussi respecter les autres manières de croire en Dieu? Saurons-nous être forts et en même temps tolérants?

À suivre...