J'ai regardé, le 1er janvier, l'émission télévisée «Sans détour», au Canal Découverte, sur l'esclavage sexuel. Je connaissais l'existence de cette réalité, mais jamais émission ne m'a autant bouleversé. Par des témoignages vécus, l'émission a fait le tour de la question: pauvreté des femmes victimes, recrutement par les entremetteurs et entremetteuses sans scrupules, cercle vicieux de la soumission et de l'espoir de se sortir de cet enfer, efforts désespérés de familles et de conjoints à la recherche de leur fille ou de leur épouse, corruption et complicité de l'appareil judiciaire, complaisance des autorités politiques, implication du gouvernement du Canada, enfin, et non le moindre, la demande de services sexuels par des hommes que je pourrais côtoyer dans ma vie quotidienne.
Il me désole de voir des familles aux prises avec la pauvreté, mais encore plus que des hommes à cause de leurs besoins sexuels réduisent en esclavage d'autres êtres humains. Enfant du siècle qui a adopté la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui a été témoin des luttes de Martin Luther King contre la discrimination raciale aux États-Unis, de l'emprisonnement de Nelson Mandela, puis de sa libération, pour vaincre l'apartheid, de la marche mondiale des femmes pour des conditions de vie meilleures, je vois notre société et notre planète à nouveau plongées dans l'horreur de l'esclavage, tantôt des enfants-soldats, et cette fois-ci des femmes-prostituées.
Venons-en à la participation de Monsieur Tout'l'monde à ce crime. Je passe vite par dessus la honte que j'éprouve d'être de sexe masculin, car ce sont très majoritairement des hommes qui demandent ces services sexuels. Ce qui m'atteint et me blesse dans mon humanité, c'est de voir des hommes soumis à leurs pulsions qui ne peuvent se passer pour un certain temps de contacts sexuels. Où sont rendues la masculinité, la virilité et l'estime de soi quand on se sent incapable de faire connaissance avec une femme, de conquérir son estime, de partager ses sentiments, de lui montrer son admiration, de lui dire son affection. Pauvre genre humain qui, dans cette question d'exploitation sexuelle, descend en bas de la condition animale, car mêmes les animaux respectent des codes sexuels et des rythmes d'accouplement.
Encore une fois, je me bute au problème du mal. Que puis-je faire pour combattre le mal, quand on sait que certains policiers et juges acceptent des pots-de-vin pour fermer les yeux et que des politiciens votent des lois et appuient des règlements qui donnent champ libre aux trafiquants de toutes espèces?
Je pense à quelques solutions à long terme, tout en sachant que le combat est permanent. Appuyer les efforts des journalistes qui révèlent au grand jour ces situations d'esclavage et féliciter le Canal Découverte pour avoir présenté l'émission télévisée. Déceler dans les comportements dominants et contrôlants des hommes une des sources de l'esclavage des femmes. Ajouter ma voix à la protestation des groupes qui dénoncent les conditions inégales et misérables de beaucoup de femmes et de filles. Questionner mon député fédéral sur l'action du gouvernement canadien dans le dossier des femmes exploitées sexuellement. Tout ça fera-t-il une différence? Pour moi d'abord, j'aurai conscience d'avoir fait quelque chose, si peu soit-il. Pour l'humanité ensuite, j'aurai conscience de faire partie de tous ceux et celles qui portent le flambeau de la liberté contre sa principale menace, l'égoïsme et le mensonge.
De moins en moins de personnes osent dire qu'elles croient en l'existence de Satan, de peur d'être classées parmi les attardées. Mon éducation religieuse a pourtant bien établi qu'il n'est pas un être vil à tête cornue, mais qu'Il est puissance de Mal à l'oeuvre dans le monde. C'est ce que je vois dans l'esclavage des femmes prostituées. Avec la lumière du Ressuscité et la force de son Esprit, je crois que nous pourrons en venir à bout. Le dévouement des journalistes, l'honnêteté de certains policiers et juges et la lutte d'associations pour libérer ces femmes seront pour moi autant de preuves de l'existence de Dieu qui ne nous laisse pas seuls aux prises avec le Mal. Quand on chante à Noël qu'un Sauveur est né, eh bien, c'est de ce mal qu'il nous sauve. Il importe finalement pour moi que je ne sois pas resté indifférent aux souffrances de ces femmes que j'associe à celles de Jésus de Nazareth et que ça change quelque chose dans mon existence.
Michel Bourgault
Agent de pastorale
Saint-Paul de Joliette
2 janvier 2006