Au moment d'écrire ces lignes, dans plusieurs cités du monde des foules considérables manifestent contre la guerre en Irak et pour la paix. J'appuie ces marcheurs qui expriment leur opinion et qui font preuve de solidarité avec un peuple qui n'a que trop souffert jusqu'à maintenant. Mais ce que je vais dire ne plaira peut-être pas à tous les marcheurs de la paix.
Hypocrisie des haut placés
Je veux en premier dénoncer l'hypocrisie du gouvernement américain qui prétend faire la guerre en Irak au nom de la démocratie, alors que tout le monde se rend compte que leur intervention vise à acquérir plus d'influence dans le cartel prétrolier l'OPEP.
Je dénonce tout autant les actions passées du dictateur Sadam Hussein qui a, personnellement ou par ses créatures, exécuté plus de compatriotes irakiens que probablement ne le feront les Américains et Britanniques durant cette guerre. Mis au pouvoir dans un mouvement nationaliste pour redonner aux Irakiens leurs ressources pétrolières et les profits économiques qui en découlent, Sadam s'est ensuite approprié à son profit ces richesses et arrogé un pouvoir totalitaire pour sa gloire. Et les Américains, pour contrer la montée du pouvoir islamiste en Iran, ont eux-mêmes soutenu le dictateur.
L'enjeu de cette guerre
Les nombreuses analyses de spécialistes du Moyen Orient que j'ai écoutées ont confirmé mon idée que le pétrole est bien l'enjeu de cette guerre. Le Président Américain ne le dit pas à son peuple pour ne pas perdre, à la face du monde, la fragile légitimité qu'il s'est donnée.
Venons-en à nous-mêmes, Québécois, Français, Italiens, Britanniques, et tous les autres habitants des pays riches, qui marchons pour la paix contre cette guerre. Combien parmi nous peuvent le faire sincèrement et sans hypocrisie? Nous sommes de grands consommateurs de pétrole. Nous ne différons pas des Américains, car nous conduisons les mêmes voitures, nous consommons autant d'énergie qu'eux. Quel pourcentage, en effet, de notre budget familial sert à se procurer des produits dérivés ou associés au pétrole: essence pour automobile, mazout pour le chauffage et la climatisation, innombrables jouets en plastiques? Les Américains, et nous aussi par conséquent, avons intérêt à accroître et à maintenir notre influence sur ceux qui fixent les prix (OPEP), ou du moins nous en profitons. C'est ce que nous faisons en prenant position en Irak, sous le couvert de démocratisation.
Serons-nous aussi hypocrites que les haut-placés?
Sommes-nous prêts à remettre en question notre style de vie qui exige tant de pétrole? Combien de jeunes marcheurs pour la paix sont prêts à marcher 5 min. pour aller au magasin du coin plutôt que d'emprunter la voiture de papa ou de maman? Combien d'entre nous sommes prêts à revêtir un chandail plutôt que de diminuer la température de notre maison de 1 degré l'hiver? Avons-nous tous réellement besoin de ces véhicules «récréativo-utilitaires» qui ont envahi nos routes ces dernières années ou les 4-roues-seadoo-skidoo qui sillonnent bruyamment les moindres espaces vierges de nos campagnes?
Bien plus, serons-nous prêts à partager nos ressources, nous aussi, quand viendra le temps de la rareté en eau? Sommes-nous prêts dès maintenant à diminuer de moitié notre consommation d'eau et, avec les économies, en faire bénéficier ceux qui en manquent aujourd'hui dans les pays pauvres, justement ceux qui manifestent pour la paix et contre les Américains dans de nombreux pays arabes.
Sommes-nous prêts et prêtes à marcher à la lumière de Dieu, à réaliser le rêve du prophète Isaïe qui, il y a déjà 2500 ans, dénonçait l'hypocrisie du peuple de Dieu?
Voilà la question morale que me posent présentement le conflit américano-irakien et les manifs pour la paix.
Michel Bourgault
22 mars 2003